Tout a commencé le jour où le facteur m’a apporté par courrier un faire part de mariage dans une belle enveloppe mauve pastel: j’étais invitée à l’union de ma cousine Carine et de son compagnon Charles.

Forcément, être conviée à leurs noces aurait dû me réjouir. Ce ne fut pas le cas.

  1. Carine habite à l’autre bout du pays. Je ne la vois que tous les 10 ans.
  2. Petite, elle aimait les polly pocket. Moi les jeux de pirates.
  3. Son Charles, je le trouve fatiguant.

Mais je suis en train de me trouver de bonnes excuses.

Pour être tout à fait franche, cette invitation m’a mis sans dessus dessous pour une raison bête et difficilement avouable: je suis célibataire.

Assister à un mariage en solo lorsque l’on a 30 ans et que l’on n’a pas encore trouvé chaussure à son pied relève du véritable CALVAIRE. Une célébration de mariage est toujours l’occasion rêvée pour une ribambelle de personnes bien pensantes de s’autoproclamer psy et de lister toutes les raisons qui ont poussé le célibataire dans cette cruelle situation. Bien évidemment c’est toujours de sa faute.

Encore seule? Mon Dieu, il y a quelque chose qui cloche avec cette fille. Elle est plutôt jolie pourtant… Ce doit être en rapport avec son caractère difficile.

Les personnes bien dans leur petite vie, avec leur chien et leur maison, considèrent souvent le célibataire comme un inadapté social. Pour eux, être en couple est un label de bonne santé mentale.

La bonne blague.

Lorsque j’ai reçu le carton d’invitation de mariage, j’ai pensé à plusieurs options.

  1. Prétexter un abominable rhume des foins pour échapper au supplice. Après tout, c’est de saison.
  2. Choper rapidos un bon vieux désespéré en boite de nuit. Lui faire le coup de l’amour, du love, de tous les tralalas qui vont avec. Le trainer de force au mariage.
  3. Solliciter les services d’un gigolo pour faire illusion et paraître épanouie, casée, bien dans mes bottes et dans la vie.

Et puis finalement, au vu des solutions déplorables qui me traversaient l’esprit, j’ai décidé de me prendre en main et de ne pas me laisser abattre par l’invraisemblable néant de ma vie amoureuse. Bien vivre mon célibat est devenu un leitmotiv.

Allez hop.

J’ai dégoté la robe de mes rêves dans une friperie vintage du centre-ville. Je me suis perchée sur des talons de 15cm pour essayer de mettre le galbe de mes jambes en valeur. Et je me suis rendue à ce p”é!çènvkvm$:`ùmù%% de mariage en m’interrogeant sur les motivations existentielles de ma vie sur terre.

Dans le fond, je n’ai jamais ressenti le désir de me marier. J’ai même toujours été plutôt contre le mariage. Rapport direct au taux de divorce et au budget faramineux que coûtent les festivités.

Le problème (parce qu’évidemment, il y en a un), c’est qu’un mariage, ça donne envie de se marier. Point barre. T’as beau être contre le concept les 364 autres jours de l’année, cette journée-là, ben c’est différent. Tout ce romantisme, cet amour, cette passion… ça donne juste envie d’un boyfriend à genoux avec la belle bague de fiançailles qui va avec.

Alors que toute l’année tu te traînes dans de vieux jeans et pulls à capuche, à un mariage, tu salives sur la belle robe blanche de princesse, sur la chorale qui entonne des chants trop cheloux, et même sur le château gonflable dans lequel la moitié des gosses est occupée de se péter les clavicules depuis le début de la journée.

Bref.

Je suis donc arrivée à ce mariage. J’ai salué les invités. J’ai fait des courbettes et des sourires à gauche à droite, une coupette de champagne à la main. J’ai aperçu mon ex au loin avec sa copine enceinte jusqu’au bout des dents. (On s’était séparé pour une vague histoire de tube de dentifrice pas remis à sa place.) Je me suis rappelé à quel point ma vie sentimentale était un désastre. Et j’ai enfilé cul sec mon verre de Veuve Cliquot.

C’est à ce moment précis que ma tante Frida s’est approchée de moi, sourire aux lèvres.

« Et toi ma chérie, c’est quand qu’on te voit avec quelqu’un ? »

Son appareil auditif devait être mal réglé. Cinq personnes se sont retournées.

Argh.

Le mec d’hier soir, tante Frida, ça compte ou pas ?

Le stress s’est encore accentué lorsque le traiteur a fait son apparition. Tout le monde sait que les plans de table n’ont pas été imaginés pour soutenir la cause du célibataire en détresse. Le syndrome du nombre impair a commencé à m’envahir de la tête aux pieds. Celui qui mène tout droit à la table des enfants, entre un gamin à casquette et une fillette qui engloutit une barbe à papa. Cette idée m’a fait angoisser. D’un trait, j’ai vidé ma coupette de champagne.

Finalement, pire que la table des enfants, je me suis retrouvée au milieu de toute une clique de personnes qui se connaissaient déjà. L’horreur. Ma cousine Carine avait pris soin de me coller à côté du seul célibataire de la fête : moche, boutonneux, et sale. Des talons de 15 centimètres pour ça… un vrai gâchis.

A la fin du repas, le premier slow m’a définitivement achevé. Eternal Flame, de The Bangles. Je me suis mise à pleurer. Que c’est beau, l’amour, le voile, la robe blanche, les mariés…

Tante Frida m’a refilé un Kleenex. Et un verre de champagne.

C’est avec lui que j’ai terminé la soirée.

Label de ma bonne santé mentale.