Dimanche soir. Le week-end est presque terminé.

J’ai le blues.

Emmitouflée dans une couverture douillette, je suis vautrée dans mon canapé et tire la gueule, envahie par une tristesse dominicale récurrente. Chaque semaine c’est pareil. Impossible de renoncer au week-end qui se termine. Ce soir, comme tous les dimanches soir, mon programme sera simple. Pyjama pilou – télé – vague à l’âme – et morceau de pizza froid, récupéré dans les tréfonds de mon frigo vide.

Je déteste les dimanches soir.

Les rues sont désertes, les magasins fermés. Les taxis sont disponibles et Yann Barthès est en congé.

Je suis dimanchesoirophobe.

Dès 17 heures, des tendances paranoïaques envahissent mon cerveau. Une mélancolie m’envahit. Un compte à rebours s’enclenche dans ma tête et une petite voix se met à me murmurer des insanités.

Attention attention, il ne te reste plus que 13 heures, 57 minutes et 22 secondes pour kiffer ton week-end. Après, ce sera reparti pour le train-train quotidien. Ton réveil va sonner tôt. Des cernes vont apparaître sous tes yeux. Tu seras moche. Tu seras déprimée. Et tu vas retrouver cette grosse pile de dossiers que tu as laissée à l’abandon vendredi sur le coin de ton bureau, enjouée par la perspective d’un week-end festif et insouciant. Retour à la réalité ma grande… Ta semaine va être pourrie.

L’angoisse.

Pourtant j’aime mon boulot. Ma vie. Mes journées. J’aime même mes collègues.

Sauf Paul, du service comptabilité.

Et même si d’ordinaire, je chante et danse la vie, le dimanche soir, ça ne va pas. J’ai le bourdon.

Et ce n’est pas nouveau. Mon spleen hebdomadaire remonte à il y a longtemps. Petite déjà, je cafardais le dimanche soir, le nez dans mon plat de raviolis à la crème. La perspective du lundi qui arrive mettait fin à de délicieux moments de légèreté. Terminés les cumulets, saute-mouton et autres jeux de pirate et de poupée qui égaillaient mes week-ends de petite fille.

Et je me posais cette question terrible: que faire le dimanche soir?

Alors qu’au bord de la crise de nerf,  je tentais de terminer une partie de Tetris endiablée (la musique me rendait toujours super nerveuse), la dure réalité scolaire se rappelait à mon bon souvenir, par l’entremise de mes parents.

Eteins ton Game Boy, range tes jouets, prépare ton cartable. Demain, y’a école.

Je détestais ça.

La contrainte du lundi matin planait dans l’air ambiant, grave et menaçante. Et déjà, je savais que c’était reparti pour toutes sortes de choses extrêmement désagréables: le retentissement de la sonnerie qui annonce la fin de la récré, les garçons bêtes et méchants qui tirent les couettes des petites filles sages comme moi (héhé).

Au cours de mathématiques, j’allais encore devoir résoudre des problèmes auxquels je n’allais –  à tous les coups – rien comprendre.

Jean-Barnabé est dans une baignoire de 180 litres. Sachant que le débit d’eau est de 900 litres par heure et que Jean-Barnabé a fait couler l’eau pendant 7 minutes, combien…

SHUT UP!

Je maudissais les problèmes.

Depuis lors, tous les dimanches, c’est la même rengaine: je déprime. Je zone chez moi comme un va-nu-pieds en vieux jogging et grosses chaussettes de laine. A 17 heures, je n’ai toujours pas pris de douche. Mon appart est plongé dans une semi obscurité désespérante, ce qui rend mon teint blafard. Je ne m’éclaire plus qu’à la lueur de mon écran d’ordinateur écoutant, à plein tube, une longue playlist de morceaux beaux et lancinants.

You Should’ve Come Over de Jeff Buckley en est un exemple parfait.

Et chaque dimanche soir, jour du Seigneur, c’est toujours dans cette ambiance étouffante que je décide de faire le point sur mon existence, ressassant toutes sortes d’idées noires.

Qui suis-je? Où vais-je? A quoi va ressembler ma semaine? Et ma vie?

Et je peste déjà sur Paul (mon collègue du service comptabilité) qui, au détour d’un couloir, ne me surprendra pas en faisant cette blague idiote, qu’il ressort chaque début de semaine.

- Ca va Paul?

- Bah…

(Petit temps de pause. Un rictus apparaît au coin de sa bouche. Paul jubile: cette espièglerie est la sienne, et elle est trop bonne.)

… comme un lundi!

Et le voilà qui se marre.

Rhoooo, la blague pourrie. Rien que pour ce moment, je déteste le dimanche soir. Les habits du dimanche soir. Les loisirs du dimanche soir.

Evidemment, toute cette anticipation négative du lendemain est plutôt ridicule. Et même injuste. Car dans le fond, ce n’est pas le dimanche soir qui est déplaisant. C’est le lundi matin. En anticipant aussi bêtement la journée du lendemain, je fous systématiquement ¼ de mon week-end en l’air.

Stupide.

D’autant que nos ancêtres se sont battus pour ce @#!*!X! de dimanche soir. Alors si on venait à le perdre, on n’aurait pas l’air malin.

Réflexion faite, je vais essayer de modifier mes habitudes. Profiter de mes dimanches soir pour écouter des chansons qui donnent la pêche, rouler à vélo, voir du monde. Peut-être même que j’en profiterai pour faire des crêpes au chocolat.

C’est bien ça, les crêpes au chocolat.

J’essayerai la semaine prochaine.

En attendant, je vais couper le robinet de la baignoire. Jean-Barnabé aimerait prendre un bain.


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L’illustration est de Philippe Ruelle et les têtes de mort sont vraiment très réussies. Alors merci, merci à lui!

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