La fin des vacances n’est pas toujours un moment agréable à passer. Fini le soleil, les grasses mat’ et les apéros à rallonge. Il va falloir reprendre le chemin du travail. Se réhabituer à la sonnerie du réveil. Refréquenter tous ces gens qui tirent la gueule dans le métro. Je déteste.

Dimanche soir. Je vis mes derniers instants de congés : demain, c’est la rentrée, la reprise du boulot, la fin des vacances. Je cafarde.

Dans quelques heures, les bus seront à nouveau combles. Malgré mes deux genoux pétés par un entraînement intensif de kitesurf cet été, je pourrai mourir plutôt que de trouver une place assise dans le métro. Les places de parking se feront rares. Je ne passerai plus mon temps à lire des magazines débiles dans un transat en m’aspergeant le visage à l’aide de mon brumisateur toutes les 3 minutes. Et le joli teint hâlé que j’ai pris soin d’entretenir tout au long de l’été va doucement commencer à se faire la malle.

Argh. Je voudrais que la rentrée soit encore loin.

Pourtant, je ne dois pas me voiler la face. Le détestable mot « septembre » et tout ce qu’il implique de douloureux n’est plus loin. Son ombre plane au-dessus de ma tête comme un vautour affamé. Il va finir par me foutre en l’air ma dernière soirée de congé, je le sens.

Je dois me ressaisir. Ce soir, sur ma terrasse, je peux encore faire « comme si ». Profiter du soleil, siroter un mojito, déguster un plat de jambon-melon et faire chier les voisins du dessous avec mes slashs qui claquent sur leur plafond.

Come on baby, c’est encore les vacances !

Je regarde ma montre. 20h32. Je calcule-mentalise dans ma tête. Encore 12 heures et 28 minutes de liberté. J’ai mal au ventre. Je tente de toutes mes forces de me persuader… C’est encore les vacances. C’est encore les vacances.

Rien à faire, je ne parviens pas à profiter des derniers instants qu’il me reste. Dans quelques heures, ce sera feu les congés. L’automne pointera bientôt le bout de son nez. Ça me fout le blues. Fini la vie en paréo. Fini l’odeur du monoï sur les bras. Demain matin, mon radio réveil poussiéreux fera son grand retour.

Je le déteste, JE LE DÉTESTE !!

21h17. Le poids de la fin des vacances s’alourdit encore un peu plus sur mes épaules. La nuit sera mauvaise, je le sais déjà. Ce ne sera pas la première. Je me souviens de ces nombreuses insomnies la veille de mes rentrées scolaires. Agitée dans mon lit, je ne parvenais pas à trouver le sommeil, me demandant si ma copine Sophie serait encore dans ma classe. Si Madame Barbier égaillerait encore mes cours de langue. J’implorais le ciel pour que cet infâme bouillon aux choux de Bruxelles soit enfin supprimé du menu de la cantine le mardi midi.

En fait, je n’ai jamais apprécié cette étrange transition qui, chaque année, nous amène du mois d’août à celui de septembre. Quelle idée d’avoir foutu les deux mois qui se ressemblent le moins l’un à côté de l’autre dans le calendrier.

En août, le vacancier de base n’a qu’une seule chose à faire : mettre son cerveau sur OFF. Griller des merguez. Beach-volleyer sur la plage. Se balancer dans un hamac au rythme des vagues.

Et quand arrive le mois de septembre, voilà que l’aoûtien (qui déjà n’en est plus un) se voit contraint de troquer ses chapeaux de paille, son verre de Ricard et son après-soleil au beurre de karité contre un attaché-case rempli de dossiers épineux, une messagerie Outlook au bord de l’explosion, et des allers-retours incessants de l’imprimante au bureau.

Plus jeune, la rentrée scolaire ne me paraissait pas aussi terrible qu’elle ne l’est aujourd’hui. Je ne déprimais pas. Ou moins. Bien sûr, la fin des vacances impliquait la réapparition d’un champ lexical que je m’étais fait un plaisir d’enfouir au fin fond de mon esprit pendant les deux mois de vacances. Mes parents se mettaient à réutiliser la pire construction grammaticale que la langue française ait jamais eu l’idée d’inventer : « Au lit, y’a école demain ! » et septembre annonçait le retour de mots très vilains tels que fournitures scolairescartable, sonnerie, rangréfectoire, devoir, journal de classe, interro surprise, punition, mot d’excuse pour ne pas devoir aller à la piscine.

Mais la rentrée de septembre m’évoquait aussi d’autres mots, bien plus séduisants : récréation, rigolade, copains-copines, heures de fourche, revoir-Nicolas-qui-m-a-grave-manqué-pendant-toutes-les-vacances-pour-enfin-oser-lui-déclarer-tout-mon-amour.

Chaque 1er septembre, ma copine Natasha Kriszewckanski avait de solides sueurs froides au moment de l’appel. Et chaque année, morts de rire, nous écoutions les profs écorcher son nom.

Un truc que je surkiffais par-dessus tout, c’était la préparation des affaires de rentrée : le papier buvard, la gomme encore toute blanche, les nouveaux crayons de couleur qui avaient tous la même taille, les tubes de colle bleue qui sentaient bon l’amande.

Plastifier mes livres, mettre des étiquettes et recouvrir mes cahiers de papier Waïkiki me donnait toujours l’envie d’être consciencieuse et ordonnée pour les 10 mois d’année scolaire restants. Bien entendu, après un laps de temps extrêmement réduit (3 jours tout au plus), mes bonnes résolutions étaient déjà foutues aux oubliettes. Je retrouvais au fond de mon plumier des cartouches d’encre éclatées, des stylos mordillés, de la sciure de taille-crayon disséminée. Mes classeurs étaient tagués de phrases à caractère hautement philosophique du genre : « La vie est belle, les oiseaux chantent, et nous, crétins, on va à l’école » et le singe Kipling qui pendait à la fermeture éclaire de ma trousse n’avait plus qu’un bras. Au Tipex, je lui avais dessiné une moustache.

Mi-septembre, dans mon cartable, c’était déjà le gros bordel.

Il faut dire que ce n’était pas que notre faute. Avez-vous déjà soupesé le cartable d’un enfant de 8 ans? Chaque année, les professeurs nous faisaient acheter une liste interminable de fournitures. En plus d’être excessivement longue, cette liste était aussi indéchiffrable. Je revois encore ma mère dans les rayons papeterie des supermarchés, liste en main, dépitée:

« Alors. En plus des deux charrettes remplies à craquer qu’on traine derrière nous depuis plus d’une heure il te faut encore: des copies doubles non perforées 17×22 grands carreaux, deux cahiers Atoma, des pochettes en plastique transparentes perforées grand format, du papier calque, une Casio fx-92 Collège 2D, trois classeurs à levier DIN-A4, un vêtement de protection en coton à manches longues pour ton cours de physique et un chiffon pour ton cours de chimie. »

Un jour, lasse, elle avait ajouté:

« Note bien qu’après, pour transporter tout cela, on ira t’acheter un camion. »


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