C’est la Saint-Valentin. La tendresse a envahi l’espace public. Le monde vit au rythme de l’amour. Il y a du velours rouge et des cœurs partout. Les couples s’aiment, les célibataires dépriment. Tant de romantisme me fout franchement la migraine.

Ça y est, on y est. Le 14 février. Le jour de l’amour fiévreux et des sentiments profonds. La date que chaque célibataire voudrait gommer de son calendrier. La journée la plus jouissive de l’année pour les fleuristes et les bijoutiers dont les commerces ne désemplissent pas. Bernard est en état de stress : les magasins ferment dans quelques heures, il n’a toujours pas trouvé le cadeau qui fera plaisir à Michelle et qui lui prouvera que, malgré les années qui passent, son amour pour elle reste intact.

On est le 14 février et ça, c’est vraiment chouette. Aujourd’hui, c’est une journée Love Actually, mais en plus real. C’est l’effervescence totale. Les gens qui s’aiment vont s’offrir des cadeaux, se laisser des mots doux sur les tables et sur les oreillers. Ils vont s’embrasser à tous les coins de rues et un peu partout, la paix règnera sur Terre.

Love is in the air. Everywhere I look around.

Alors bien sûr, en ce jour de l’amour exalté et des sentiments exacerbés, je pense à toi, Cupidon. À l’incroyable boulot que tu accomplis chaque jour. Aux flèches que tu décoches dans le cœur de tes innocentes victimes et qui les transportent vers les sommets de l’amour passionnel. Ne te cache pas, Cupidon. Tout le monde sait qu’aujourd’hui, c’est toi qui es dans le coup.

Je me suis promenée dans les rues ce matin. J’ai immédiatement senti que tu n’étais pas loin. Comment te rater. J’ai vu des cœurs par centaines pendouiller tendrement le long de vitrines colorées. Elles rappelaient à chacun que l’amour, c’est beau. Et essentiel. J’ai aperçu de jolies flammes trembloter au bout de longs chandeliers baroques sur les tables de restaurants qui, ce soir, afficheront complet. J’ai croisé un mec pressé. Il sortait d’un magasin de parfum et tenait sous son bras un gros paquet orné d’un impeccable nœud de velours rouge. À tous les coins de rue, l’ambiance était au rouge vif, au rose framboise, à l’amour et à la passion.

Ça dégoulinait de romantisme de partout.

Et moi, le romantisme qui dégouline de partout, ça m’énerve.

Je ne pense d’ailleurs pas être la seule. Tu crois nous bluffer, Cupidon, mais on le sait tous : ta Saint-Valentin est un piège à cons. Une fête qui sert la cause des publicitaires et des vendeurs de chocolat. Un bon prétexte pour renflouer les caisses de l’Etat.

On n’est pas dupe.

Bon, c’est vrai : Noël, c’est commercial aussi. Mais c’est différent. L’ambiance est magique. Il y a les lumières, le vin chaud, les sapins et les boules colorées. Ça sent bon le gui et la brioche. La Saint Valentin, ce n’est pas Noël. Tout y est surfait. Les devantures transpirent le fric et l’arnaque à plein nez. C’est le jour de l’amour imposé. De l’amour corvée. Le jour où chaque couple doit s’aimer. S’offrir des fleurs rouges. S’écrire des lettres enflammées.

Même s’il n’a pas envie de le faire.

Et puis, Cupidon, y as-tu pensé ? Le 14 février est une journée ultra déprimante pour les célibataires malheureux. Cette overdose de velours rouge, de petits cœurs et autres insoutenables ornements romantiques leur rappellent que cette année encore, ils sont seuls.

Et que tu n’es qu’un con.

Bien sûr, il y a aussi les célibataires blasés ou détachés. Ceux qui tentent de se persuader à grand renfort d’arguments objectifs que la fête des amoureux, ce n’est que de la merde :

« Nan mais sérieux, moi la Saint Valentin je zappe. Trop commercial, trop artificiel. Vraiment pas mon kiff. »

… et qui s’endorment tout de même le 13 en priant le ciel pour n’ouvrir les yeux que le 15.

Car ils savent déjà que demain, une journée abjecte les attend. Aucun copain ne sera dispo pour mater Tottenham – Lyon en Europa Ligue. Les copines casées (qui assurent depuis des années que la Saint Valentin, ELLES-S-EN-FOUTENT !) auront tout de même « improvisé » un souper romantique à base de canard à l’orange qui mijote pendant des heures pour leur chéri. Et demain, au boulot, les célibataires devront subir les questions curieuses de leurs collègues casés.

« Et toi tu fais quoi ce soir pour la Saint Valentin ? »

Des économies, crétin.

Le célibataire a beau dire : le soir du 14 février, il mène la vie dure. Et trouve parfois des solutions improbables pour supporter la solitude. Shoot de vodka, Nutella à la petite cuillère, soirées pourries pour célibataires, comédies romantiques qui font pleurer. Le 14 février, le célibataire déprimé n’a qu’une seule envie : marcher le long d’une berge brumeuse, shooter dans un caillou qui traîne sur son chemin. Regarder l’horizon et pousser un long soupir de désespoir.

Puis, rentrer à la maison. Revêtir son pyjama en pilou le plus improbable. Avaler un kilo de crème à la glace Vanille-Amandes d’Häagen-Dazs. Et chanter de toutes ses forces et guidé par la toute-puissance de ses désillusions « All by myself » de Céline Dion.

Le 14 février, pour les célibataires du monde entier, le pyjama en pilou est une nécessité. Bridget Jones un modèle.

La Saint Valentin, est décidément d’une nullité déconcertante.

Quant à moi, il faut que je vous laisse…

J’ai un canard à l’orange qui mijote sur le feu.


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La top illu romantique des amoureux est de Philippe Ruelle. Merci à lui!

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