Le week-end dernier, j’ai décidé de passer mon après-midi à flâner dans une brocante. Alors que je marche tranquillement le long des allées, repérant vieilleries kitchs et meubles à retaper, j’aperçois, au détour d’une allée, Dimitri. Quelle coïncidence surprenante. Ça fait des années que je ne l’ai plus vu. Probablement depuis la fin du collège.  Il n’a pas tellement changé. Un peu grossi, peut-être.Je me demande s’il est toujours fan de Placebo.

Je réfléchis un instant. Évidemment que Dimitri est encore fan de Placebo. On est amis sur Facebook et il a encore posté « Nancy Boy » sur son mur il y a quelques semaines à peine.

J’en connais d’ailleurs beaucoup sur sa vie. Il est parti en vacances au Portugal cette année. Il est marié et papa de deux enfants. Je relève la tête et le regarde s’affairer avec eux. Là, c’est Lola. Si je me souviens bien, son fils s’appelle Nathan.

Les pouvoirs de la technologie…

Je vais aller lui dire bonjour. Mais soudain, je m’arrête. Est-ce que je dois lui demander ce qu’il fait dans la vie? Faire comme si je ne connaissais pas le prénom de ses enfants? Lui parler du petit short (trop) moulant qu’il porte sur l’une de ses photos de vacances?

Non. Je vais faire comme si je ne savais pas. Ce sera mieux.

Je m’apprête à traverser une allée remplie de vieux vinyles pour faire un brin de causette avec lui. Alors que je m’approche, nos regards se croisent brièvement. Soudain, au premier carrefour, Dimitri bifurque sur la droite et s’enfuit. Mais enfin, qu’est-ce qui lui prend ? Perplexe, je regarde son dos s’éloigner à toute vitesse au milieu des vieux porte-manteaux et autres BD de Tintin vendues à 50 cent.

J’ai une sale impression. Dimitri a franchement essayé de m’éviter. Il n’a pas essayé, en fait. Il l’a fait.

Mais bref. Ceci ne gâchera pas ma journée. Je poursuis mon chemin et chasse cette rencontre ratée de mes pensées.

Le soir, je rentre à la maison, me pose devant l’ordinateur et – habitude chronique oblige – me connecte sur Facebook. C’est à ce moment précis que Dimitri se rappelle à mon bon souvenir. Je vais aller jeter un coup d’œil sur son profil. Je tape son nom dans le moteur de recherche, clique sur son profil et constate avec stupeur que je n’ai plus accès à aucune de ses activités. Dimitri m’a « défriendisé. »

Le choc! On se connaît depuis qu’on a 3 ans!

S’en suit alors toute une série de sentiments différents: surprise, pincement au cœur, colère. Pourquoi Dimitri m’a-t-il supprimée ? Comme si les récrés durant lesquelles on jouait à chat perché, les spectacles organisés pour la Fancy-Fair de l’école, les premières boums et tous les autres délires n’avaient jamais compté.

Il faut que je me fasse à l’idée: l’amitié ne tient désormais plus qu’à un simple bouton.

Car oui, sur Facebook, les amitiés se développent, se renforcent, se créent. Et elles comptent.

Il est coutumier de penser que les relations en ligne sont moins engageantes que dans la réalité. FAUX. Le virtuel blesse. Emballe. Trahit. Enthousiasme. Les réseaux sociaux sont sources de stress. Facebook brise des couples, affaiblit certaines relations, entraîne de la méfiance ou des inquiétudes. Une grande partie de nos relations et communications se joue sur Internet. Et il n’est pas toujours évident de les gérer.

Bien sûr, un ami virtuel n’a pas la même valeur qu’un ami réel. Mais bizarrement, les réactions au rejet sont les mêmes, que les relations se passent en ligne ou en face à face. Pas besoin d’avoir la personne devant soi, ni les intonations de sa voix pour souffrir. Rejet réel et rejet virtuel provoquent des sentiments identiques.

Dans la vie réelle, Dimitri n’aurait probablement jamais osé clamer haut et fort: « Je te jette, t’es plus ma pote! » Soyons objectif: caché derrière son écran, Dimitri n’a pas été fort poli. L’anonymat relatif entraîne une certaine cruauté et beaucoup moins de considération. Et ça, c’est plutôt nul.

Mais c’est comme ça. Facebook peut procurer un sentiment de puissance. Derrière son ordinateur, Dimitri peut se permettre, sans trop culpabiliser, d’ignorer l’autre ou de le rejeter.

En fait, si le rejet virtuel est si difficile à encaisser, c’est parce qu’il nous laisse impuissant: il est impossible de se défendre. J’aurais beau le vouloir très fort, jamais je ne pourrai dire à Dimitri: « Tu m’as virée, t’es qu’un con! ».

Bien entendu, les réactions au rejet ne sont pas toujours les mêmes. Certains sont amusés. Les relations avec la personne qui a préféré s’éloigner étaient parfois si faibles que le rejet n’entraîne aucune réaction. Mais lorsque la relation comptait, les sentiments négatifs suscités sont intenses. Que ce soit dans la réalité ou sur la toile, l’être humain a besoin d’être apprécié et de communiquer. Le rejet virtuel entraine une mauvaise estime de soi et de nombreux questionnements : « Est-ce que c’est de ma faute ? »

Il ne faut pas toujours réfléchir aussi loin. Certains préfèrent séparer les différentes sphères sociales ou n’accordent que peu de considération aux personnes avec lesquelles elles entretiennent des liens faibles hors ligne. Et puis, les boulets Facebook sont nombreux, abusant du réseau social pour faire la promotion de leur service, raconter leur vie insignifiante ou publier des liens idiots.

Quant à moi, que les choses soient bien claires: je ne rentre dans aucun de ces cas de figures.

Alors Dimitri, si tu me lis, je ne te salue pas!


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