Avec l’avènement des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, la notion d’amitié a connu de véritables bouleversements. Sur la toile, tout le monde est désormais le copain de tout le monde. Et c’est à peine caricaturé. Cela a-t-il vraiment du sens ? Des réseaux tels que Facebook ou Twitter permettent-ils réellement de créer des liens sociaux ? La réponse est oui. Facebook et Twitter aident à amorcer certaines amitiés, à en renforcer d’autres, et à développer son « capital social ». Analyse.

Ce n’est un secret pour personne: depuis quelques années, les réseaux sociaux de type Facebook ou Twitter ont complètement révolutionné les relations personnelles. Le terme « ami » a lui-même radicalement changé de signification. Utilisé à tort et à travers sur Internet, il a aujourd’hui donné naissance à un concept plutôt amusant et sympathique : tout le monde est désormais le copain de tout le monde.

Et l’amitié sur Facebook ne tient désormais plus qu’à un clic.

Mais qu’est-ce qu’exactement, un « ami Facebook » ? Un copain imaginaire ? Une amitié potentielle ? Une relation artificielle ? Une plus-value dans son carnet d’adresse ? L’ami Facebook est, en fait, un peu tout cela à la fois.

Facebook permet d’entretenir son capital social

Certains décident de ne garder dans leur liste d’amis Facebook que les personnes qui leurs sont vraiment proches. Certaines études démontrent que ce serait peut-être un tort. Car les relations  dites « faibles » (les contacts avec lesquels on n’a quasiment pas de relation – voire aucune – dans la vie réelle) apporteraient, en fait, beaucoup plus au capital social que les relations dites « fortes ».

Il y a quelques années à peine, les différentes sphères sociales étaient chacune bien séparées. Il y avait la famille, les amis, les collègues, les connaissances, les relations perdues. Chacun restait à la place qui lui était attribuée. Aujourd’hui, les barrières ont explosé. Tout le monde se mélange et se côtoie sur la toile. Sur Facebook, on est désormais « amis » avec des personnes que l’on qualifierait de « connaissances » dans la réalité et auxquelles on n’adresserait peut-être même pas un signe de tête si on était amené à les croiser dans la rue.

Sur les réseaux sociaux, on est l’ami de tout le monde

Si une frontière est toujours bien existante dans la « vraie » vie, sur les réseaux sociaux, bizarrement, aucune distinction n’est faite. Toutes les relations, qu’elles soient étroites ou détachées, sont qualifiées d’« amicales ». La meilleure copine que l’on connaît depuis des années est « une amie Facebook ». Le gars qu’on a côtoyé deux semaines au cours de vacances au soleil au bord de la mer a exactement le même statut. Pareil pour le tonton, le collègue ou l’ancien copain du lycée. Ce sont tous des « amis Facebook ».

On accepte les uns, et puis les autres. On est tous amis. Et à la fin, on se retrouve avec des listes longues de plusieurs kilomètres reprenant des centaines de personnes. On ne s’y retrouve plus bien dans la gestion de ses contacts et les psychologues (un peu rétrogrades) lèvent alors les bras au ciel en s’écriant: « Par pitié, ne confondez pas tout, continuez à rencontrer vos amis dans la réalité! » Ne vous y méprenez pas. La plupart des utilisateurs des réseaux sociaux font bien la différence et savent qu’au plus une liste de contacts est grande, au plus le nombre de connaissances croit au détriment du nombre d’amis.

Sur les réseaux sociaux, le terme « ami » est tout simplement galvaudé.

Pour que tout le monde s’y retrouve, il aurait peut-être suffi d’inventer un nouveau mot.

Facebook: le nombre de Dunbar

Car tout le monde sait que dans « la vraie vie », il est totalement impossible d’avoir 1183 amis. À ce propos, Robin Dunbar a établi un concept plutôt intéressant: « le nombre de Dunbar ». D’après ses calculs, l’être humain ne peut, à un moment de sa vie, entretenir des relations stables qu’avec 148 personnes maximum. Les listes d’amis dépassant ce nombre sont donc remplies de « connaissances » avec lesquelles l’individu n’entretient, en fait, aucun contact.

Mais attention. Même si un ami virtuel n’a pas la même valeur qu’un ami réel, il a de l’importance quand même. Sur Facebook ou Twitter, l’ajout d’un ami est, en principe, le résultat d’un processus de réflexion. Bien souvent, on n’accepte pas n’importe qui sur les réseaux sociaux. Facebook n’est pas un site de rencontres du genre Meetic ou rendez-vous.be. Accepter un nouveau contact n’est jamais un choix pris sans aucune réflexion. Au contraire. Il est le fruit d’une vraie décision. Car l’ajout d’un ami peut avoir des conséquences sur une relation amoureuse. Il peut compliquer les relations avec un collègue ou, dans certains cas, mettre à mal une relation amicale de longue date.

Ceci dit, l’amitié n’est certainement pas incompatible avec Internet. Au contraire. Différentes études démontrent que Facebook permet d’amorcer des amitiés (via la toile, on se découvre des affinités communes) ou de les renforcer (on commente les photos de ses « vrais » meilleurs amis en ajoutant trois tonnes de ??? pour leur montrer à quel point on les aime). Certaines analyses confirment même que cultiver les amitiés sur les réseaux sociaux favorise les rencontres dans la vie réelle.

Il existe deux types de relations sur Facebook: les amis proches et les amitiées détachées

Mais alors, qu’est-ce qu’un « ami Facebook »?

Sur Facebook, le terme « ami » englobe, en fait, deux types de relations.

•  Les amitiés étroites avec des liens forts (les amis que l’on voit régulièrement)
• Les amitiés détachées avec moins de connectivité (les connaissances que l’on voit irrégulièrement, voire plus /pas du tout)

Sur les réseaux sociaux, faut-il privilégier l’une ou l’autre de ces relations? P-a-s-D-u-T-o-u-t. Des études démontrent formellement que ces deux types de relations sont utiles dans la vie. En fait, elles ont une efficacité tout à fait différente. Le pouvoir de l’amitié dans le monde réel n’est évidemment plus à démontrer. Contre toute attente, les relations dites « faibles » que l’on entretient sur la toile sont, dans un autre domaine, tout aussi utiles. Ce sont elles qui permettent à chaque individu de développer son capital social. (Par « capital social » il faut entendre l’ensemble des ressources qu’un individu peut obtenir au travers de ses relations sociales.)

C’est dans cette optique que le sociologue américain Mark Granovetter a développé un concept plutôt sympa qu’il a intitulé: « La force des liens faibles ».

Nos amis proches connaissent tout de nous. Ils sortent dans les mêmes endroits, fréquentent les mêmes restaurants, écoutent la même musique et vont voir les mêmes films que nous au cinéma. Les amis proches sont des personnes qui nous sont généralement très similaires. De ce fait, même si on les aime plus que tout, ils ne nous apprennent souvent rien de bien neuf.

Par contre, les relations faibles donnent accès à des ressources que nous n’aurions probablement jamais découvertes autrement. En postant, sur leur mur, des vidéos, des articles ou des événements, nos relations lointaines nous permettent d’élargir nos connaissances et notre vision du monde. Aussi surprenant que cela puisse paraître, sur Facebook, les relations de type « connaissances » apportent donc plus au capital social que les relations de type « amis ». Dans la recherche d’un emploi, par exemple, les liens faibles s’avèrent beaucoup plus efficaces. Si vous êtes à la recherche d’un comptable ou d’un vélo pliable à prêter pour le week-end, idem.

En suivant cette logique, les relations dites « faibles » méritent donc de ne pas être exclues des listes de contacts.

Alors voilà. À compter de ce jour, quand quelqu’un osera vous faire remarquer que vous perdez votre temps sur Facebook,  vous saurez  quoi lui répondre:

« Fous-moi la paix. Je travaille mon capital social. »


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