Fuir la réalité. Qui n’y a jamais pensé? Outre l’alcool ou les drogues, il existe un mécanisme psychologique nettement moins nocif qui permet d’échapper au réel sans se pourrir la santé pour autant : l’idéalisation. Un mécanisme de défense tantôt précieux et admirable, tantôt dangereux. Car une idéalisation mal dosée peut mener tout droit à la dépression.  Lorsque elle s’installe, il est donc important de faire rapidement la part des choses. Cette idéalisation est-elle saine ou pathologique ?

L’idéalisation est un mécanisme de défense qui a encore de beau jour devant lui. Il transforme le réel, calme les angoisses et procure un état de bien être. D’un coup de baguette magique, l’idéalisation métamorphose l’histoire d’amour la plus sordide en un véritable conte de fée. Les enfants les plus difficiles deviennent les bambins les plus exquis et le boulot dont on a honte et qui nous pourrit l’existence chaque jour se transforme soudainement en un job idyllique. Oui, l’idéalisation est un mécanisme de défense qui adoucit le réel et qui embellit la vie, même si c’est de façon illusoire. Est-ce un danger ? Pas toujours. L’idéalisation ne doit pas être systématiquement considérée comme une anomalie. Mais il est toutefois important de se poser rapidement les bonnes questions : cette idéalisation est-elle saine ?

Deux types d’idéalisation: saine et pathologique

La psychologie distingue deux types d’idéalisation : l’idéalisation saine qui peut être – comme son nom l’indique – bénéfique pour tout un chacun et l’idéalisation pathologique qui est, quant à elle, à fuir comme la peste. Comment les distinguer ? L’idéalisation saine est motivée par le désir. Lorsque l’on tombe amoureux, une idéalisation passagère s’installe. C’est normal et bénéfique. Sans elle, l’être humain ne serait pas assez fou que pour débuter une relation. Après quelques mois, on émerge et la réalité de l’autre finit par s’imposer à nos yeux : il n’est pas parfait ! Arrive alors le moment où chacun des partenaires prend la décision de construire une relation vraie, de regarder l’autre tel qu’il est véritablement et de l’aimer avec ses qualités, mais aussi avec ses défauts. La relation – qui jusque là était idéale – se modifie alors en un arrangement plus réaliste et plus mature.

L’idéalisation saine: un mécanisme de défense efficace

Dans un tel cas, l’idéalisation est un mécanisme de défense très précieux et même admirable. Elle permet de tomber amoureux, de voir la vie du bon côté et de prendre les événements avec un peu plus de légèreté. Le réel est enjolivé, et l’idéalisation sauve de la banalité. Les amis, le/la partenaire, les centres d’intérêt sont valorisés. L’idéalisation saine donne de la saveur aux choses et à la vie. Elle se porte sur plusieurs personnes, sur plusieurs domaines. Bien sûr, à un moment donné, la désillusion peut gagner. L’idéaliste souffre et a un deuil à faire. Mais il cicatrise.

L’idéalisation pathologique: dangereuse et douloureuse

Dans d’autre cas, l’idéalisation peut causer de graves torts. On parle alors d’idéalisation pathologique. Lorsque la réalité le rattrape, l’individu tombe d’affreusement haut et se fait excessivement mal. Lorsque l’on a idéalisé son couple et que la désillusion gagne, des insatisfactions, des conflits et des doutes apparaissent. L’amour devient tout à coup extrêmement décevant. À partir de ce moment, l’idéalisation n’est plus possible. On passe du tout au rien. Les sentiments sont fragilisés et l’attirance diminue en flèche. La désillusion vient en fait saboter une relation… qui n’existait pas. On découvre que l’on s’est voilé la face et que l’autre n’est pas si merveilleux que ça. Au contraire. Et on se demande : « Comment ai-je pu être aussi aveugle ? » Au plus l’idéalisation a été grande, au plus la désillusion et la douleur de la perte sont grandes. À ce moment-là, bien souvent, le couple rompt ou tombe dans des rapports de haine et de dépendance.

Alors que l’idéalisation saine est motivée par le désir, l’idéalisation pathologique a un autre moteur : le besoin vital. L’objet idéalisé sert de prothèse narcissique. Objectif : masquer les manques. L’idéalisation devient un aveuglement, un refus de voir la réalité. Et c’est là que le danger s’installe, car trop d’idéalisation peut mener à la déception, à la frustration et même à la dépression. L’idéaliste ne parvient plus à vivre sans l’objet qu’il idéalise. Sans lui, son existence n’a plus de sens. L’objet idéalisé doit apporter un remède à tous ses maux et si à un moment donné ou à un autre, il ne remplit plus ce rôle, l’identité de la personne est brisée.

L’idéaliste a souvent manqué d’affection durant son enfance

Les personnes les plus sujettes à souffrir d’idéalisation pathologique sont celles qui ont manqué d’affection dans leur petite enfance. L’individu attend de l’objet idéalisé qu’il le contente à cent pour cent et qu’il comble ses besoins, comme ses parents auraient dû le faire pour lui. Mais cela est totalement impossible ! La personne ne sera jamais contente,  car cette demande s’adresse, en fait, aux figures nourricières qui lui ont fait défaut.

Solutions pour contrer l’idéalisation pathologique

Quelles solutions pour ces problèmes d’idéalisation ? Dans un premier temps, il faut pouvoir reconnaître l’idéalisation. Ensuite, remplacer son idéal par un autre. Lorsqu’on a placé la barre trop haut, il faut pouvoir le reconnaître, revoir ses attentes et redéfinir son idéal. Bien entendu, le but n’est pas de se contenter de peu ! Il ne faut pas non plus perdre de vue qu’un idéal ne doit pas nécessairement être un objectif à atteindre tout de suite. On peut, tout au long de sa vie, tenter de se rapprocher le plus possible de son idéal. En définitive, il finit plus par représenter un chemin à suivre qu’une fin en soi.


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L’illustration est de  Mathieu Loiseau, merci à lui.

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