Elles ne sont qu’une sur vingt à avoir les cheveux clairs. Or, on dit souvent que ce qui est rare est précieux. Et que ce qui est précieux fascine. Symbole de la douceur et de l’angélisme, les blondes déchaînent les passions depuis des siècles. Alors qu’Iseult et Aphrodite ont fait de la blondeur un signe de beauté pure, Paris Hilton et autres Pamela Anderson jouent la carte de la beauté plus (trop !) provocante. Et aujourd’hui, les blondes sont considérées comme des idiotes. Blagues et moqueries en tout genre abondent dans ce sens. D’où provient ce mythe ? Faut-il parler de discrimination ?  D’humour déplacé ? Ou de blagues hilarantes ?  L’analyse d’une blonde qui trouve ces blagues pas marrantes du-tout-du-tout-DU-TOUT, c’est par ici !


Il y a quelques temps, j’ai passé une super soirée chez des amis. On a mangé indien : soupe Mulligatawny, agneau au garam masala et mangues rôties à la vanille. C’était délicieux. Le repas se passait au top. Il y avait de la musique, de l’ambiance, des éclats de rire. Quand tout à coup, à l’autre bout de la table, l’un des convives a prononcé cette phrase qui a tout foutu en l’air : « Hé, les gars, j’ai une super blague sur les blondes ! » Grincement de dents. Autour de la table, plusieurs demoiselles aux cheveux clairs se sont mises à le fusiller du regard. J’ai fait pareil.

Vous l’aurez compris : je suis blonde. Et personnellement, les blagues sur les blondes, je ne les trouve pas drôles du-tout-du-tout-DU-TOUT !Penser que certains êtres humains (surement pas les plus malins), croient déceler, lorsqu’ils observent ma chevelure, quelques signes de stupidité, me rend relativement nerveuse. Que ce soit au premier ou au second degré, ça ne me fait pas rire. Directement concernée par le sujet, je ne suis peut-être pas objective… Quoi qu’il en soit, moi, les blagues sur les blondes, elles me donnent envie d’hurler à la discrimination.

Bien sûr, les blondes ne représentent pas la seule minorité attaquée par monsieur et madame tout le monde. Car l’être humain aime mettre les gens dans des cases. Il segmente donc la société et, à la moindre rencontre, place la personne qui se trouve en face de lui dans une petite catégorie. Les styles sont très différents. On retrouve ainsi « les beaufs » ou « barakis » – bedonnants, moustachus et incultes ;  « les bobos » – qui se fringuent chez Zadig et Voltaire, vivent dans des lofts et se nourrissent essentiellement de légumes bio ; « la racaille » – qui provient des cités, qui ne veut pas s’intégrer et qui a la réputation de voler des motos. Et puis, dans le même ordre d’idée, on retrouve aussi « les Belges », « les gros », « les moches », « les roux » et  « les blondes » : une race défaillante de l’espèce humaine. Des idiotes sans cervelles, aussi torrides que stupides, qui ont un Qi se rapprochant de celui d’une huître, et aucun sens de la logique. Sympaaaa !

Rassurons tout de suite les plus crédules d’entre nous (il y en a sûrement, si si) : aucun test n’est jamais venu prouver que les blondes sont effectivement aussi peu intelligentes que des poules pondeuses élevées en batterie. Les tests de Qi sont même formels : il n’existe absolument aucune discordance entre les blondes et le reste de la population.

Alors d’où vient ce mythe qui perdure et se propage dans les médias, les films et même les bandes dessinées ? Pourquoi à la moindre occasion, mecs (frustrés ?) et brunes (jalouses ?) se permettent-ils, à grand renfort d’éclats de rire, de crier aussi fort que possible : « Tu as fait une connerie ? Ah mais c’est normal, t’es blonde ! »

Lol.

Ces préjugés sont-ils une forme de discrimination ? Du machisme ? De l’humour déplacé ? Ou peut-être juste une sorte de drôlerie à prendre au second degré ? Je me pose cette question : si un scénariste proposait une nouvelle bande dessinée stigmatisant une minorité et qu’il l’intitulait : « Les arabes »… Y aurait-il beaucoup de gens pour trouver cela drôle ?

Les blondes, elles, doivent faire preuve d’autodérision.

Selon la légende, de tout temps, les cheveux blonds des femmes ont été regardés avec envie. La blondeur a toujours fasciné. Surtout les femmes, qui, aux travers des époques, ont souvent tenté d’éclaircir au maximum leur chevelure, pensant acquérir de la sorte un véritable pouvoir d’attraction. Aphrodite et Iseult étaient blondes. Leur pouvoir de séduction n’est plus à démontrer… Les Grecques et les Romaines se décoloraient les cheveux pour ressembler aux Celtes et aux Nordiques. Au Moyen-âge, la femme blonde était considérée comme l’épouse légitime. La brune était la maitresse. Les cheveux clairs rappellent l’enfance, l’innocence, la pureté, la douceur. Les anges ne sont-ils pas toujours représentés avec les cheveux blonds ? Si le blond fascine autant, c’est probablement parce qu’il est rare. Et ce qui est rare est précieux. Seulement une femme sur vingt est blonde. Et une femme sur quatre se teint les cheveux en blond. On ne trouve des femmes blondes qu’en Occident. Certains voient donc dans l’humour « anti-blondes » une forme de racisme envers les peuples du nord de l’Europe.

Pourquoi les blondes sont-elles donc assimilées à la candeur et à la stupidité ? L’origine de ce stéréotype renvoie aux légendes urbaines. Et son origine est, de ce fait, impossible à identifier. Différentes hypothèses sont toutefois avancées. D’après certains, le mot « blonde » serait synonyme de « femme » au Canada. Les blagues sur les blondes ne seraient, en fait, que des blagues sexistes visant les femmes en général. Mais cette explication est à vérifier, car les blagues sur les blondes connaissent un équivalent en anglais : les « dumb blonde jokes ». Et dans la langue de Shakespeare, la confusion n’est pas possible.

D’autres pensent que la discrimination proviendrait de la revanche des brunes, jalouses du succès que les blondes connaissent depuis la nuit des temps.

D’autres encore racontent que ce cliché est beaucoup plus moderne et date du début du 20ème siècle. À cette époque, alors que le cinéma venait d’apparaitre, les grandes icônes glamour étaient blondes : Marylin Monroe, Judy Holliday ou Betty Hutton. Elles tenaient toutes des rôles de jolies blondes écervelées. Marylin s’est fait remarquer dans des films tels que « Les hommes préfèrent les blondes » ou « Certains l’aiment chaud ». Elle y tenait des rôles de véritable sotte. Personne ne se souvient qu’elle était, en fait, une actrice très cultivée et qu’elle fût, un temps, l’épouse du célèbre écrivain Arthur Miller… Et puis il y en a eu d’autres : Brigitte Bardot, France Gall, Barbie. Elles étaient toutes blondes et considérées comme stupides. Un peu comme si la femme parfaite ne pouvait être à la fois belle et intelligente.

Les mentalités ne changeront certainement pas de si tôt, et les blagues sur les blondes vont continuer à se répandre. Comme le dit si bien l’adage : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». Alors si un de ces jours vous voulez rire avec moi, ne me parler jamais d’histoire de blondes. Vous l’avez compris, ça ne passera pas. Pas maintenant en tous cas. Parce qu’à l’heure actuelle, je suis blonde. Mais dans quelques années, pourquoi pas ? La nature m’aura repris mes cheveux blonds. Si tout se passe normalement, ils auront viré au blanc et je ne serai donc plus concernée par le sujet. Alors que les amateurs d’humour sarcastique prennent patience : on se rattrapera à ce moment-là !

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Illustration: © Fotolia