Une femme qui ne veut pas avoir d’enfant est presque systématiquement regardée de travers. Le désir d’enfant est  – à  tort – associé à la féminité : on est femme lorsqu’on est mère. Si l’envie d’avoir des enfants n’est pas présente, c’est qu’il y a forcément quelque chose qui cloche. Et pourtant… Une femme peut aimer profondément les enfants et ne toutefois pas en souhaiter. Certains projets de vie ne sont pas compatibles avec la vie de famille… Psychothérapeute familiale au sein d’un hôpital universitaire bruxellois et psychothérapeute clinicienne depuis plus de quinze ans, Isabelle Tilmant présente son livre, « Epanouie avec ou sans enfant »*, paru aux Editions Anne Carrière. Un livre déculpabilisant, rédigé dans une écriture claire et agréable.  Rencontre.

Comment vous est venue l’idée de prendre la plume et de vous consacrer à l’écriture d’un livre traitant de la femme et du désir d’enfant ?

Je me suis rendue compte qu’il existe très peu d’ouvrages francophones sur la question. Les livres s’adressant aux mères sont nombreux. Mais concernant des sujets tels que le désir d’enfant ou le deuil d’enfant, la littérature est pauvre. Je me suis renseignée, et j’ai découvert qu’aux Etats-Unis, énormément de livres traitaient ce sujet. Il m’a semblé bon de combler ce vide dans la littérature francophone. Alors j’ai pris ma plume, et je me suis attaquée au sujet.

La maternité n’est-elle pas un sujet extrêmement sensible aujourd’hui ?

C’est vrai. La maternité est idéalisée. Et ceci est mauvais car à partir du moment où il y a idéalisation, dans un double mouvement, on se dévalorise toujours soi-même. Quand elles deviennent mères, de nombreuses femmes ne se sentent pas à la hauteur. La maternité devient alors un sujet sensible. Les mères ne sont pas les seules à idéaliser la maternité. Les femmes qui n’ont pas d’enfants la mettent, elles aussi, sur un piédestal.

 

Les femmes sont-elles prédisposées à avoir un désir d’enfant ou à ne  pas en avoir ?

Oui. L’histoire familiale de la femme intervient dans son désir d’enfant : la place dans la fratrie, les messages qu’elle a reçus de ses parents, mais aussi les messages ambiants de la société. Dans certaines familles, on dit qu’il est important d’avoir des enfants. Dans d’autres, on soutient le côté développement personnel : faire des formations, avoir un métier,  une indépendance. A partir de là, chaque enfant peut décider de répondre, ou non, aux messages qui lui on été envoyés. C’est ainsi que le désir d’enfant va se développer… ou pas.

Dans notre société, une femme qui  affirme qu’elle ne veut pas d’enfant est souvent mal perçue…

La maternité étant idéalisée, de nombreuses personnes considèrent qu’une femme doit nécessairement être mère. Si elle ne veut pas d’enfant, c’est qu’il lui manque la fibre maternelle. C’est un raccourci ! Mais du coup, une femme qui n’a pas d’enfant et qui en désire se sent mise au banc. Certaines femmes ne souhaitent pas avoir d’enfant et sont pourtant très maternelles. Depuis l’arrivée du mouvement « child free », les mentalités changent. De plus en plus de femmes revendiquent aujourd’hui le fait de ne pas désirer d’enfant. Mais elles sont alors jugées comme égoïstes et leur féminité est remise en doute. Aujourd’hui, il existe une confusion entre la féminité et la maternité. Pourtant, « être mère » ne signifie pas « être femme ».

Vous distinguez la fécondité physique de la fécondité psychique…

Lorsqu’une femme donne naissance à un enfant, je parle de fécondité physique. La fécondité psychique, c’est être enceinte de ses idées et devenir la mère de ses projets. Les femmes qui ne désirent pas d’enfant n’ont pas besoin de lui pour être au centre de leur vie. Elles sont pleinement là, avec des tas de projets qu’elles veulent développer. La femme doit devenir elle-même. Qu’elle soit mère ou pas, elle doit être en contact avec elle-même, instant après instant. C’est ainsi qu’elle rayonne.

 

Propos recueillis par Isabelle Bontridder

* Isabelle Tilmant, Épanouie avec ou sans enfant, Éditions Anne Carrière, 2008.

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