Le printemps, l’été, les jolies gambettes épilées sous de courtes jupettes fleuries et colorées… Ces messieurs ne nous contrediront pas, la robe est le symbole ultime et délicieux de la féminité. Vraiment ? Et depuis la nuit des temps ? Et bien non ! Il y a quelques siècles à peine – cinq tout au plus – les hommes ne portaient pas le pantalon. Jamais. Ou très peu. Aujourd’hui, les rares courageux (y en a-t-il vraiment ?) qui osent porter la jupe sont victimes de moqueries. Mais cela durera-t-il encore longtemps ? Attention messieurs ! La jupe fait son retour, et la « skirt attitude » n’est peut-être pas si loin que ça !


C’est le printemps ! Le soleil refait surface, les jambes se dénudent et pour le plus grand bonheur de certains, les jupes reprennent place dans les garde-robes. Qu’elles soient droites, plissées, parapluies, portefeuilles, longues ou mini, les jupes sont hyper féminines et valorisées de toute part par la mode et dans la presse féminine. Une jupe, c’est joli, et ça rime avec : fille-rose-douceur-épilation, et toute sorte d’autres mots qui caractérisent la gente féminine. Impossible de concevoir les choses autrement. Et pourtant, détrompez-vous. La jupe n’a pas toujours symbolisé le genre féminin. Que du contraire ! Pendant des millénaires, les hommes ne cachaient pas leurs gambettes sous de larges pantalons. Ils portaient des jupes et – comble du comble – ils n’y voyaient aucun mal ! Dans l’Antiquité, les soldats romains portaient des jupettes. Les Grecs mettaient des toges. Et jusqu’à la fin du Moyen-âge, hommes et femmes portaient des tuniques. Leurs tenues étaient pratiquement similaires…

« Porter la culotte » : une histoire d’homme !

C’est au 16ème siècle que tout a basculé : la « rhingrave », une sorte de jupe-culotte plissée et ornée de dentelle apparaît. Les hommes se mettent alors à porter des culottes et des hauts-de-chausses. Bien entendu, le pantalon existait déjà auparavant. Mais jusqu’au 16ème siècle, il était considéré comme un vêtement barbare. Signe évident de mauvais goût, il n’était porté que par les peuples cavaliers nomades et par les Gaulois. Il a fallu attendre le 16ème siècle pour que le pantalon trouve sa place dans les garde-robes masculines et pour que la jupe cesse d’être un vêtement unisexe. Depuis cette époque, une règle prévaut : les hommes ne portent que des pantalons, les femmes font ce qu’elles veulent. Désormais la jupe, symbole de féminité et de douceur, est rangée exclusivement au rayon des vêtements féminins. Le pantalon représente la masculinité et le pouvoir, et une nouvelle expression – aussi intéressante que machiste – apparait dans le dictionnaire : on dit d’une personne qui détient le pouvoir qu’elle « porte la culotte ». Suivant cette logique, les hommes qui portent des jupes sont aujourd’hui victimes de railleries. La jupe est perçue comme un objet d’avilissement.

La jupe pour homme dans les défilés de mode : sexy ?

La jupe est-elle désormais exclusivement féminine ? Pas vraiment en fait. Même si, depuis le 16ème siècle, la jupe symbolise le genre féminin, elle reste encore d’usage pour les hommes dans certains pays du monde. En Ecosse, l’espèce masculine porte le kilt. Dans les pays arabes, les hommes revêtent la djellaba et en Indonésie, le sarong. Dans nos pays, quelques hommes réclament le droit de porter la jupe. Mais les choses ne sont pas si simples. Les hommes – ils sont excessivement rares, en avez-vous seulement déjà vu un seul en allant faire vos courses ? – qui portent des jupes sont automatiquement montrés du doigt. La jupe pour homme tente pourtant un timide retour, notamment dans les défilés de mode. Cette tendance – appelée la « skirt attitude » –  séduit de grands couturiers : Jean-Paul Gaultier a lancé un premier modèle de jupe pour homme en 1985. Il a rapidement été suivi par d’autres créateurs, comme Agnès B.

Discrimination masculine : les hommes ont moins de possibilités vestimentaires

Cette percée de la jupe pour homme est toutefois extrêmement légère. Vous en conviendrez, bien courageux est l’homme qui ose porter une jupe pour aller au travail ou au resto avec sa bande de copains. Essayez seulement d’imaginer la scène… Un désastre. Car la jupe et les hommes sont aujourd’hui victimes de préjugés et de moqueries. En Occident, si un homme porte une jupe, le lien se fait très vite dans toutes les têtes : c’est qu’il est homosexuel et – de surcroit – travesti. Depuis les années 1960, les femmes sont libres, chaque matin, de choisir dans leur garde-robe les vêtements qu’elles porteront la journée, qu’ils soient ouverts ou fermés : pantalon ? Jupe ? Short ? Robe ? C’est à leur bonne convenance. Les hommes n’ont pas ce privilège. Depuis le 16ème siècle, ils ne peuvent choisir qu’entre une gamme extrêmement restreinte de vêtements : pantalon ou short. Point. Et en ce qui concerne le short, encore faut-il pouvoir se le permettre. Cette tenue est plutôt décontractée. Le dimanche avec la famille, certes. Mais au boulot ?

La jupe, bientôt comme vêtement unisexe ?

Pauvres messieurs… Les hommes sont, en fait, toujours coincés dans le modèle vestimentaire bourgeois. Au 19ème siècle, habits féminins et masculins ne se ressemblaient en rien ; le régime vestimentaire différenciait clairement les deux genres : redingote, gilet court et bottes de cuir pour les hommes. Robes longues et larges décolletés pour les femmes. Pourquoi la mode masculine reste-t-elle donc figée à ce point ? Et pourquoi les hommes l’acceptent-ils sans rien dire ? Auraient-ils à y perdre, s’ils élargissaient leurs possibilités vestimentaires ? Notre culture actuelle semble leur faire croire qu’en adoptant la jupe, ils perdraient une grande partie de leur virilité. Les femmes ne jouent-elles pas également un rôle dans ce jeu créé de toute pièce par notre éducation et notre culture occidentale ? Dans notre société, une femme masculine gravit les échelons. Les portes s’ouvrent devant elle et elle prend sa place. Un homme efféminé est, quant à lui, amoindri, rabaissé et humilié.  Les premières femmes en pantalon ont, elles aussi, été traitées de marginales. Arrivera-t-on un jour à faire de la jupe ce que l’on a réussi à faire avec le pantalon : un vêtement unisexe ?

Mini-jupe et libération de la femme !

Mais attention, les hommes ne sont pas les seuls à plaindre ! Si les femmes ont aujourd’hui plus de possibilités vestimentaires que les hommes, elles ont toutefois dû se battre pour gagner le droit au pantalon ! Durant tout le 19ème siècle, elles ne pouvaient porter que des robes longues. Il a fallu attendre 1910 pour que les jupes commencent à se raccourcir. Et ce n’est que dans les années 1960 que les codes imposés par la mode bourgeoise du 19ème siècle ont explosé. C’est alors le triomphe simultané du pantalon et de la mini-jupe. Les femmes se lâchent ! La styliste française Coco Chanel libère les femmes de leurs corsets, le couturier Yves Saint-Laurent leur donne le pouvoir en leur proposant le tailleur-pantalon, et la créatrice londonienne Mary Quant participe au lancement de la mini-jupe avec une consigne bien précise : maximum dix centimètres sous les fesses. Pas plus ! À cette époque, « mini-jupe » et « port du pantalon » vont de paire avec « libération de la femme ».

La jupe comme symbole de disponibilité sexuelle

Depuis lors, sur les photos de mode des plus grands couturiers, les jupes n’ont plus cessé de faire rage. Une question se pose pourtant : les filles sont-elles aussi à l’aise dans leurs jupes que ne le laisse sous-entendre la mode ? Les choses ne sont pas si sûres… Aujourd’hui, nombreuses sont les femmes qui réfléchissent à deux fois avant de porter une jupe : « Que va-t-on penser de moi ? Sexy ? Provocante ? Jolie ? Vulgaire ? » Autant de questions pour une raison bien simple : la jupe est aujourd’hui interprétée comme un signe de disponibilité sexuelle. Il existe cette terrible équation : jupe = fille facile. À l’école ou au boulot, les jeunes filles et les femmes n’osent plus porter de jupe, par peur des remarques sexistes. Elles ne veulent pas choquer leurs congénères ou donner l’impression de vouloir attirer les hommes. Pour être tranquilles, elles portent donc des pantalons. Ce malaise touche tous les milieux sociaux. Un véritable mythe entoure les jambes féminines. Et il n’est pas neuf… De tout temps, les femmes ont eu plus facile à montrer leurs poitrines que leurs jambes.

La jupe : un véritable thermomètre

Alors qu’il y a quarante ans, les femmes se battaient pour le port du pantalon, les féministes d’aujourd’hui luttent pour que les femmes puissent porter des robes sans crainte de se faire aborder ou même insulter… Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, la jupe suscite aujourd’hui bien des débats. Elle constitue un thermomètre intéressant et permet de prendre la température d’une société qui se bat – ou qui devrait le faire un peu plus ? – pour l’égalité des sexes.

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