En Belgique, environ 100 000 jeunes sont victimes de « school bullying », un anglicisme utilisé pour désigner le « harcèlement scolaire ». Leur vie est un véritable enfer. Dans nos écoles, ce phénomène se répand et est – bien trop souvent – régit par la fameuse règle du « on ne cafte pas ! ». Explications.

Les bacs à sable et les cours de récré sont remplis de petits caïds courant à toute vitesse derrière des boucs émissaires, vociférant des injures du style « p’tit gros ! », « pas beau ! », « myope ! », ou « mauviette ! »… Cette course poursuite et ces vitupérations intempestives portent un nom : le harcèlement scolaire. Pour faire chic – et aussi pour utiliser le même langage que les professionnels – nous privilégierons ici son pendant anglais : « le schooll bullying ». Un phénomène bien triste, qui sévit de plus en plus dans nos écoles. En Belgique, 100 000 jeunes en seraient les victimes. Leur vie est pire qu’un enfer.

Le school bullying implique une relation de domination

Le terme « school bullying » ne peut pas être utilisé à tire-larigot. Quand deux enfants de force égale se battent l’un contre l’autre dans la cours de récré, il s’agit d’une simple querelle, pas de school bullying. Pour parler de harcèlement scolaire, il faut une véritable relation de domination. On doit percevoir un réel déséquilibre de force entre les tyrans – ils n’agissent jamais seuls – et leur cible – qui est toujours isolée. Les attaques sont répétées et les petites victimes en souffrent donc toujours sur le long terme. Éreintant.

Le petit bouc émissaire est ainsi victime de violence, qu’elle soit physique ou psychique : coups, moqueries, insultes. Les caïds ont pour arme une agressivité chronique et épuisante, des humiliations délibérées et constantes. Ils affublent leur petite victime de surnoms ridicules. Ils lui envoient des messages injurieux ou méchants. Ils renversent le contenu de sa trousse et viennent lui taxer son dessert à la cantine avant de piétiner son cartable et de l’enfermer dans une pièce.

Le bouc émissaire : timide, candide et intelligent

Il serait bien pratique de disposer d’un portrait robot du bouc émissaire. Il n’en existe malheureusement pas. Mais quelques caractéristiques permettent toutefois de le distinguer parmi les autres élèves : le souffre-douleur est généralement un bon élève – voire même l’intello du premier rang. Il n’est pas très à l’aise avec ses camarades. Timide et malhabile socialement, il passe pour quelqu’un d’un peu gauche. C’est un être fragile, candide et sensible.

Certaines petites victimes sont parfois victimes d’un défaut physique qui les différencient des autres, ce qui encourage les brimades. Le bouc émissaire n’est souvent pas très sportif et il s’agit plutôt d’un garçon. Bien sûr, le school bullying touche aussi les filles. Mais dans de plus petites proportions. Les fillettes ont leur propre manière d’harceler, différente du harcèlement pratiqué par les garçons. Elles privilégient plus volontiers l’exclusion, la mise à l’écart et lancent des rumeurs. Leur stratégie favorite ? Ne jamais inviter leur victime aux fêtes qu’elles organisent entre elles.

Le caïd : sportif, costaud et sûr de lui

L’intimidateur a, lui aussi, un profil type. Contrairement à sa victime, ses résultats scolaires sont généralement assez faibles. Sportif, il est costaud et sûr de lui, et éprouve un grand besoin de domination. Impulsif, il a peu d’empathie et n’arrive donc pas à se mettre à la place de sa victime. Les autres élèves l’admirent, mais ils ont aussi peur de lui. Ils essayent donc d’éviter au maximum sa compagnie. En secondaire, le harceleur  n’est plus accepté que par d’autres qui sont comme lui.

Le harcèlement scolaire et la règle du « on ne cafte pas »

Le school bullying rencontre un problème majeur : il est à la fois banalisé et passé sous silence, aussi bien par les élèves que par les enseignants. Par peur d’être harcelés à leur tour, les autres élèves se rangent du côté des plus forts. Une véritable conspiration prend ainsi place et tous les enfants respectent à la lettre le fameux code d’honneur : « on ne cafte pas ».

Les parents et les enseignants ont, quant à eux, beaucoup de mal à détecter le school bullying. Lorsqu’ils en prennent conscience, ils ont souvent tendance à réagir de manière inappropriée en prononçant cette petite phrase : « C’est la vie, il faut qu’il apprenne à se défendre. » Le harcèlement scolaire a, pourtant, de graves conséquences et peut transformer la vie du petit bouc émissaire en un véritable calvaire. Les petits souffre-douleurs sont anxieux et somatisent. Ils ont peur de parler car ils ont honte de ce qu’ils subissent. Conséquences ? Ils ne veulent plus aller à l’école et leurs résultats scolaires descendent en flèche. Parfois, le school bullying mène l’enfant jusqu’à la déscolarisation, la dépression et même l’envie de suicide !

La violence prend souvent forme dans des zones de transitions : les vestiaires, l’arrêt de bus ou les toilettes

Avec toutes ces conséquences catastrophiques, on se demande comment il peut être possible de ne pas avoir conscience de la situation douloureuse que vit un élève ou même son propre enfant. La réponse est pourtant simple : la mise à l’écart, le mépris, la vexation et l’insulte ne laissent pas de traces visibles à l’œil nu et les victimes se taisent. De plus, les enseignants n’aiment pas jouer les gendarmes et ne réagissent que lorsque les élèves dérangent leurs cours.

Le corps enseignant imagine souvent que le harcèlement survient dans des endroits autres que la classe ou l’école : les trajets et les après-midi de congé, par exemple. C’est faux. Les brimades surviennent le plus souvent dans la cour de récréation et dans les classes qu’en dehors. La violence prend forme dans des zones de transitions et se déroule à certains moments de la journée : dans les toilettes, les recoins des cours de récré, les vestiaires de gym, l’arrêt de bus. Les moments les plus sensibles de la journée ? Le matin et la pause de midi. L’après-midi, les victimes ont souvent un peu de répit car les élèves sont plus fatigués.

Heureusement, en ce qui concerne le school bullying, il n’y a pas de fatalité. Les victimes peuvent s’en sortir, même si certaines ne s’en remettront jamais complètement. La première chose à faire est d’oser en parler. Un autre conseil à donner : partir ailleurs, trouver un nouvel établissement scolaire et permettre à l’enfant de démarrer une nouvelle vie, loin de ses bourreaux.

Illustration: © Mathieu Loiseau

Pour en savoir plus :

  • Harcèlements à l’école, Nicole Catheline et Véronique Bedin, Albin Michel, 2008.

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